Commémoration du centenaire de l’Armistice du 11 novembre 1918

 Benoît Gatinet

Cette cérémonie revêt, tout le monde le comprend, un caractère exceptionnel : il-y-a cent ans s’achevait sur le front ouest de l’Europe, avec la signature de l’Armistice, plus de quatre année d’une guerre meurtrière pour l’Europe et plus particulièrement pour la France.
Cet évènement retentit encore dans notre cœur et même dans l’inconscient collectif.
Le dernier soldat français Lazare Ponticelli, italien venu en France, est mort en 2008. Quelques centenaires femmes et hommes, nés avant 1914 ont connu, jeunes enfants, la guerre et en conservent des souvenirs, au moins celui de l’absence du père.
Les plus anciens d’entre nous ont aussi connu des anciens combattants de la guerre. Les noms des morts pour la France couvrent les monuments aux morts de presque toutes les Communes de France, notamment des communes rurales.
Plusieurs centaines de cimetières militaires, nécropoles, ossuaires en Champagne, en Picardie, en Lorraine, dans le Nord – Pas-de-Calais, sans oublier les carrés militaires de cimetières de nombreuses villes de France nous relient à cette histoire de nos aïeux, à celle de leur sacrifice. Voilà pourquoi il est naturel et légitime de parler du 11 novembre 1918.
La 11ème heure du 11ème jour du 11ème mois de l’année 1918, l’Armistice entre en vigueur. Sur le front qui s’étendait de la frontière suisse aux Flandres, les clairons sonnèrent la fin des combats.
Depuis quelques jours, on s’y attendait.
Pourtant l’année 1918 ne paraissait pas pouvoir marquer la fin du conflit et surtout s’achever par la victoire de la France et de ses alliés. En effet au début de l’année 1918 et jusqu’au mois de juillet, l’Empire allemand parut en mesure d’emporter la victoire et de dicter ses conditions. La Russie avait conclu la paix avec l’Allemagne et la Roumanie avait dû aussi renoncer à la lutte. L’armée allemande avait ainsi pu transférer sur le front ouest 800000 soldats qui lui donnait un avantage numérique notable.
Quatre offensives en mars 1918, avril 1918, fin mai et juillet 1918 ne parviennent pas à rompre le front des alliés, en dépit d’avancées territoriales pendant les premiers jours d’offensive. Amiens est menacée, Paris aussi qui est régulièrement bombardée par la Grosse Bertha. Foch évoque une percée possible des allemands sur la Seine.
Mais ces offensives finalement contenues ont épuisé les ressources humaines et matérielles de l’armée allemande. Le 18 juillet 1918, la contre-offensive de l’armée française, la seconde victoire de la Marne marque le retournement du sort des armes. L’aviation alliée domine les airs, les chars anglais et français sont désormais produits en grand nombre, l’armée américaine désormais opérationnelle donne peu à peu pendant l’été 1918 la supériorité numérique aux alliés, sans omettre l’impact psychologique que représente l’arrivée de plusieurs centaines de milliers de jeunes soldats américains.
Le 8 août 1918, britannique, français, canadiens et australiens prennent l’offensive sur la Somme et percent le front allemand. C’est selon le mot de Luddendorf « le jour noir de l’armée allemande ».
Le recul des armées du Reich (de l’Empire allemand) est lent mais continu du mois d’août au mois d’octobre. Les offensives américaines, britanniques, françaises et belges permettent de libérer une partie de la Lorraine, la Picardie, le Nord de la France et une partie de la Belgique. Au mois d’octobre, les chefs militaires allemands Hindenburg et Luddendorf, qui veulent « sauver leur armée » imposent au gouvernement allemand et à l’Empereur Guillaume II la recherche d’un armistice.
Après plusieurs semaines de discussions, souvent âpres et difficiles entre les alliés, notamment entre le Président des Etats-Unis Wilson, le Premier Ministre de Grande-Bretagne Llyod George et Clémenceau, les conditions de l’armistice sont déterminées et communiquées au Maréchal Foch, généralissime des armées alliées.
Le 8 novembre 1918, les plénipotentiaires allemands arrivent à Rethondes où ils sont reçus dans le wagon de Foch. A 5 heures du matin, l’armistice est signé. La fin des combats est fixée à 11 heures. Il faut savoir que la délégation allemande n’a, en fait, rien pu négocier.
La révolution a éclaté quelques jours plus tôt en Allemagne, et Guillaume II a été contraint à l’abdication le 9 novembre. Le nouveau chancelier, le socialiste Ebert confirme l’ordre à la délégation allemande de signer l’armistice.
A 6 heures du matin, le Maréchal Foch, avant de gagner Paris en voiture pour remettre au chef du gouvernement Georges Clémenceau, le manuscrit original de la convention d’armistice lui téléphone à son domicile de la rue Franklin à Paris pour lui annoncer la grande nouvelle.
Mais, en cette journée du 11 novembre qui va voir déferler dans les rues des villes et villages de France la liesse de la victoire et le soulagement de la fin des souffrances et des peurs, les combats sur le front avec des morts et des blessés qui se sont poursuivis jusque quelques minutes avant les sonneries des clairons annonçant le cessez le feu c’est-à-dire l’armistice.
A Vrigne-Meuse dans les Ardennes, le 415ème régiment d’infanterie reçoit l’ordre de prendre l’offensive et de franchir la Meuse face au feu allemand. Le soldat Augustin Trébuchon, âgé de 40 ans, fait la guerre depuis 1914. C’est un berger originaire de la Lozère. Il était agent de liaison et portait un message aux premières lignes françaises quand il reçut une balle de mitrailleuse au front. Il était 10h50…
Ces morts du dernier jour ont paru tellement terribles pour ne pas dire absurdes, que tous les morts du 11 novembre 1918 seront déclarés morts le 10 novembre !
Ce lundi 11 novembre 1918, dès le début de la matinée l’information se répand au fil des heures à Paris et dans toutes les villes et villages de France mais aussi dans tous les pays concernés par le conflit et d’abord au Royaume-Uni, dans les dominions de l’Empire britannique, aux Etats-Unis, en Italie et bien sûr en Allemagne.
A l’époque, l’information passe par les crieurs de journaux, les affiches, la rumeur, plus rarement le téléphone, les télégrammes, gardes-champêtres, gendarmes, sonnerie des cloches annoncent l’armistice à la population.
Partout en France, la liesse est générale ; tous les films ou photographies de l’époque montrent ces foules remplies d’enfants se précipitant sur les soldats nombreux dans bon nombre de villes. C’est le cas à Paris, mais aussi à Rouen, au Havre où stationnent des troupes britanniques.
A Paris, Georges Clémenceau est au ministère de la guerre à l’Hôtel de Brienne à deux pas de la Chambres des Députés où il doit se rendre pour lire la convention d’armistice. Pour l’acclamer, la foule a envahi la cour de l’Hôtel de Brienne. Clémenceau ouvre la fenêtre de son bureau et s’adresse à la foule : « mes amis, criez avec moi Vive la France ».
Entre alors dans son bureau son petit fils, âgé de 14 ans qui se précipite pour l’embrasser. Tu n’es pas dans ton lycée lui demande Clémenceau. Son petit-fils lui avoue avoir quitté ses cours… Clémenceau appelle au téléphone le censeur du lycée et lui dit : « je garde avec moi mon petit-fils, vous le collerez la semaine prochaine ». Puis, il se rend à la Chambre des Députés où en sa qualité de Président du conseil et Ministre de la guerre, il donne lecture du texte signé par le Maréchal Foch et l’Amiral Wemyss pour le Royaume-Uni et les plénipotentiaires de l’Allemagne. J’extrais de son discours pour conclure ces quelques mots : « Au nom du peuple français, j’envoie le salut de la France une et indivisible à l’Alsace et à la Lorraine retrouvée. Honneur à nos grands morts, qui nous ont fait cette victoire. Par eux, nous pouvons dire qu’avant tout armistice, la France a été libérée par la puissance des armes. Quant aux vivants, vers qui, dès ce jour, nous tendons la main et que nous accueillerons, quand ils passeront sur nos boulevards, en route vers l’Arc de Triomphe, qu’ils soient salués d’avance ! Nous les attendons pour la grand œuvre de reconstruction sociale. Grâce à eux, la France, hier soldat de Dieu, aujourd’hui soldat de l’humanité, sera toujours le soldat de l’idéal ».

Discours de Benoît Gatinet – Maire d’Aizier – 11 novembre 2018.

 

Michel Hainque

Après notre maire Benoît Gatinet qui vient de vous présenter les évènements qui ont conduit à l’armistice du 11 novembre 1918 et qui a fait revivre cette journée du 11 novembre, je souhaite vous parler du sens et de la portée du 11 novembre 1918.
Je le ferai en développant quatre points qui méritent d’être soulignés et bien compris.

1/ Le 11 novembre 1918 est une victoire de la France et de ses alliés, aux premiers rangs  desquels les britanniques, les italiens et les américains.

Ce point est essentiel et je tiens à l’affirmer avec force car on a trop voulu gommer cette réalité ces dernières années pour des raisons que l’on peut aisément comprendre.
Le prix humain fut considérable, exorbitant: ceci a conduit à ne faire référence qu’à l’hommage dû aux morts.
La construction européenne et surtout la réconciliation franco-allemande nous a aussi incités, au nom de notre relation avec nos amis allemands, à éviter toute cérémonie qui pourrait gêner ou vexer nos partenaires.
Mais  j’affirme que c’est une vision erronée: la victoire de 1918 n’est pas remportée sur l’Allemagne démocratique d’aujourd’hui mais sur un Empire allemand autocratique et dominé par  son état-major.
Le 11 novembre 1918 marque donc une victoire militaire, territoriale, géo-politique et morale.
Une victoire militaire qui est évidente à la lecture des conditions de l’armistice :
– remise aux alliés de milliers de canons, de mitrailleuses, des avions de chasse et des navires de guerre.
– libération de tous les prisonniers alliés, sans réciprocité.
En second lieu, c’est une victoire territoriale et géostratégique:
– avec l’évacuation des territoires occupés par l’armée allemande c’est-à-dire l’Alsace-Lorraine, le Luxembourg, la Belgique puis le retrait de l’armée allemande de la rive gauche du Rhin, principalement la Rhénanie. Sur  les fronts des Balkans et d’Europe orientale, c’est le rappel immédiat dans les frontières de l’Allemagne au 1er août 1914, de toutes ses troupes se trouvant encore en Autriche- Hongrie, Roumanie, Turquie, Russie.
L’armistice est consentie par les alliés pour 36 jours. Ce n’est donc pas encore la paix. L’armistice  sera prolongé à deux reprises pour la même durée,  avant de se poursuivre jusqu’au traité de Versailles le 28 juin 1919.
Les conditions de l’armistice sont sévères pour l’Allemagne. Les plénipotentiaires allemands, envoyés d’urgence au Maréchal Foch par le chancelier Max de Bade, chancelier de l’empereur Guillaume II, quand ils arrivent à Rethondes le 8 novembre 1918, sont encore les représentants de l’Empire allemand. Mais quand ils signent l’armistice le 11 novembre 1918 au petit matin, ils le signent après la déchéance de Guillaume II et alors que la république vient d’être proclamée.
Les plénipotentiaires communiquent donc les conditions de l’armistice au nouveau chancelier de la république allemande Ebert qui est en réunion à Berlin avec des membres de son gouvernement et le président du parlement allemand Fehrenbach.
Fehrenbach  raconte la scène « nous étions réunis au palais de la chancellerie. On vint nous apporter le texte de l’armistice. Nous nous regardions atterrés. Comme c’est dur! dit quelqu’un. Et Ebert de répondre : oui, c’est dur ! Mais y a-t-il ici quelqu’un qui soit d’avis de refuser ? Il y eut un long, un terrible silence. Toute ma vie, je me rappellerai ce silence».
Enfin c ‘est une victoire morale et une victoire du droit.
Cette guerre fut horrible, inhumaine, tragique. On a pu parler de guerre civile européenne. Elle a d’ailleurs ruiné l’Europe et j’évoquerai ce point dans quelques instants.
Mais cette guerre fut voulue, décidée, organisée par les empires allemand et austro-hongrois.
La guerre fut déclarée à la France par l’Allemagne qui décida d’envahir le Luxembourg et la Belgique, pays qui, à l’évidence, ne menaçaient  nullement l’Allemagne. C’est l’invasion de la Belgique qui détermina le Royaume-Uni à entrer en guerre.
Dans la conduite de la guerre, l’état-major allemand imposa peu à peu toutes ses volontés aux parlementaires  allemands, aux chanceliers successifs et même à la fin de la guerre à Guillaume II lui-même.
Quelques exemples suffisent à l’illustrer:
– la décision d’utiliser les gaz de combat en contradiction avec un traité l’interdisant, que l’Allemagne avait signé;
– les exécutions sommaires de civils, notamment dans la population belge dès le mois d’août 1914;
– la guerre sous-marine à outrance, en coulant les navires, même ceux des pays neutres et sans considération pour les civils transportés par ces navires. C’est cette guerre sous-marine qui conduisit les États-Unis à entrer en guerre et qui finit d’isoler l’empire allemand dans le monde entier.
– la volonté hégémonique de l’état-major allemand représenté par Hindenburg et Luddendorf, volonté hégémonique à l’ouest comme à l’est de l’Europe.
Considérez qu’au printemps 1918, les buts de guerre de l’empire allemand sont à l’ouest, de conserver la Belgique, le Luxembourg, l’Alsace, la Lorraine et même la côte française de Calais à Dunkerque; à l’est, la possession de la totalité de la Pologne, de la Biélorussie et de s’assurer une  domination sur  l’Ukraine en profitant d’une possible indépendance.
On comprend dès lors pourquoi aucune paix de compromis n’a pu être conclue et quel sens avait alors la guerre : refuser l’assujettissement de beaucoup de peuples européens au militarisme allemand.
Cette victoire morale s’exprime d’ailleurs dès le début de la guerre avec l’engagement dans les armées alliées, françaises et anglaises, de beaucoup de volontaires de pays encore neutres de l’Amérique latine, des États-Unis, de l’Italie, de la Grèce.
Ce que je viens d’exposer explique pourquoi le 11 novembre est commémoré en France, au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Belgique, au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande  et dans d’autres pays alliés,  mais  pas en Allemagne. Nos amis allemands se réfèrent  à la date du 9 novembre, date de l’abdication de Guillaume II et de la proclamation de la République. Date qui marque en outre dans l’histoire récente de l’Allemagne, la chute du mur de Berlin.

2/ Mais c’est une victoire ruineuse pour la France et pour l’Europe.

Nous avons tous en mémoire que l’armistice du 11 novembre met fin à une tragédie européenne et à des pertes humaines et matérielles que le monde n’avait jamais connues auparavant.
1 400 000 soldats français sont morts, 900 hommes tués chaque jour en moyenne. 4 200 000 ont été blessés, dont près d’un million resteront mutilés ou invalides après la guerre. Près de 300 000 civils sont morts. La France a mobilisé sur son sol  7 800 000 hommes et près de 600 000 dans son empire colonial.  Parmi ces 600 000 hommes, 450 000  issus des troupes coloniales ou de l’armée d’Afrique sont venus combattre sur le sol français ou dans l’armée d’Orient dans les Balkans,  avec nos alliés serbes, grecs et roumains. 80 000 d’entre eux  y perdront la vie. Parmi ces troupes figuraient nos compatriotes d’Outre-Mer, antillais, guyanais, réunionnais et ceux  des territoires de Nouvelle-Calédonie et de Polynésie.
Concernant la Normandie, en tout cas une bonne partie du territoire normand, les soldats ont constitué le troisième corps d’armée couvrant Caen, Le Havre et Rouen. 298 000 hommes ont été mobilisés et 50 600 sont morts.
Pour l’ensemble de la France,  20 % de la population ont été mobilisés. 27 % des hommes de 20 à 30 ans sont morts sur les différents champs de bataille.
Rapportée à la population totale, c’est la France qui subit les pertes humaines les plus lourdes des pays en guerre, après la Serbie qui eut à déplorer, il faut s’en souvenir, des pertes civiles et militaires encore plus élevées.
Les pertes des autres belligérants sont aussi immenses : nos alliés  britanniques ont eu  900 000 morts, les italiens 650 000, les Américains 116 000 hommes durant les huit mois de leur engagements effectif sur le front, de mars à novembre 1918. Les Russes, nos alliés de 1914 (ils se retirent  de la guerre début 1918 du fait de la volonté  de la jeune république russe bolchevique), ont perdu au moins 1 800 000 hommes.
Chez nos adversaires, les Allemands perdent 2 000 000  de leurs enfants, les austro-hongrois 1 600 000 et les Turcs 800 000 hommes.
A ces pertes humaines s’ajoutent des destructions matérielles gigantesques.
Le quart nord-est de la France, lieu des principales batailles est sinistré. Toutes les usines ont été détruites. 800 000 bâtiments sont en ruine. 3 millions d’hectares sont impropres à la culture. Le Royaume-Uni a perdu une part notable de sa flotte de commerce avec  7 800 000 tonnes coulées.
Les destructions matérielles en Belgique, en Serbie, en Italie du Nord et  dans les territoires polonais de l’ancien empire russe sont aussi considérables.
Les dettes publiques sont énormes. Le Royaume-Uni et la France sont passés de pays créanciers en 1914 à pays débiteurs en 1918, principalement à l’égard des USA.

3/ le 11 novembre 1918 consacre aussi la fin des trois empires qui avaient combattu la France et ses alliés et annonce les traités de paix des années 1919 à 1923 qui ne permirent pas d’assurer durablement la paix.

Les empires centraux, allemand, austro-hongrois et l’empire ottoman ne résistèrent pas à la défaite. Dans les semaines et les jours qui  précèdent l’armistice du 11 novembre 1918, les alliés de l’Allemagne ont abandonné le combat : les Bulgares fin septembre 1918, les ottomans qui signent un armistice  le 30 octobre 1918 et les austro-hongrois le 3 novembre.
On assiste aussitôt à une dislocation de ces empires, à des mouvements révolutionnaires dans plusieurs pays, à l’émergence et au triomphe des revendications nationales de peuples contraints jusqu’alors par ces empires.
Les traités intervenus de 1919 à 1923 traduisent  une recomposition profonde de l’Europe et du Proche-Orient.
Six traités consacrent ces bouleversements : Versailles avec l’Allemagne le 28 juin 1919, Saint-Germain-en-Laye avec l’Autriche, Trianon avec la Hongrie en juin 1920, Neuilly avec la Bulgarie en novembre 1919, Sèvres puis Lausanne avec la Turquie.
Mais il faut se rappeler que si le 11 novembre 1918 a marqué la fin de la guerre sur le front Ouest, de multiples conflits se sont poursuivis jusqu’en 1923 en Europe orientale, dans les Balkans et en Turquie. La France qui a été souvent partie prenante y a encore perdu des milliers d’hommes.
Du fait de ces traités, neuf Etats apparurent ou réapparurent en Europe: la Pologne, la Tchécoslovaquie, l’Autriche, la Hongrie, la Yougoslavie, l’Estonie, la Lituanie, la Lettonie, la Finlande. Plusieurs Etats s’agrandirent  où récupérèrent des territoires : la France avec l’Alsace et la Lorraine, l’Italie qui acquérait le Trentin et l’Istrie, la Roumanie qui s’étendait sur la Hongrie, la Grèce.
D’autres furent  réduits, la Hongrie, la Turquie, la Bulgarie, l’Allemagne elle-même qui perdit 80 000 km².
Ces  traités portent  fortement la marque de l’influence des USA et du président américain Wilson qui tenta de trouver un équilibre entre le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, principe qui inspire alors la politique des États-Unis et les revendications des vainqueurs européens de la guerre.
On sait que les reconfigurations issues de ces traités furent contestées non seulement par les vaincus de la guerre mais aussi par plusieurs peuples ou minorités contraints de s’incorporer à de nouvelles entités étatiques qu’ils réfutaient.
Tout ceci ne peut manquer de vous éclairer sur les conséquences qui se font encore sentir dans notre histoire contemporaine récente avec l’éclatement de la Yougoslavie dans les années 1990, la séparation entre la Tchéquie et la Slovaquie, la Palestine,  les Kurdes, l’Arménie…

4/ le 11 novembre en tant qu’événement marqueur de notre histoire et de notre mémoire collective.

Depuis 100 ans, cette date a été chaque année commémorée mais cette commémoration s’est enrichie ou renouvelée au fil des ans du fait des circonstances ou des drames vécus par notre pays.
Le 11 novembre 1920, la dépouille mortelle d’un soldat choisi parmi huit cercueils dans la citadelle de Verdun est placée dans une chapelle ardente à l’Arc de Triomphe. En janvier 1921, ce soldat est  inhumé sous l’Arc de Triomphe dans la tombe du Soldat inconnu. Trois ans plus tard, le 11 novembre 1923 est allumée par André Maginot, ministre de la guerre, la flamme du souvenir ranimée depuis  chaque soir à 18h.
À partir du 11 novembre 1922, et avec l’érection dans toutes nos communes des monuments aux morts, les cérémonies se déroulent selon un protocole quasiment immuable et identique dans toute la France, comme celle à laquelle nous participons aujourd’hui à Aizier.
 Le 11 novembre 1940, dans Paris occupé par l’armée allemande, toute cérémonie est interdite par l’occupant et par la police de Vichy. Pourtant tracts et affichettes circulent dans Paris. Des milliers de jeunes étudiants et lycéens se réunissent dans l’après-midi du 11 novembre 1940 sur les Champs-Élysées pour aller ranimer la flamme sur la tombe du soldat inconnu et marquer ainsi leur opposition à l’occupant. Plus de 200 d’entre  eux sont arrêtés pour avoir bravé l’interdiction.
Cette date du 11 novembre 1940 relie ainsi la première guerre mondiale et la seconde guerre mondiale en y ajoutant la dimension de résistance à l’occupation.
Ce lien entre le 11 novembre 1918 et la seconde guerre mondiale est réaffirmé le 11 novembre 1943. En ce jour du 25ème anniversaire de l’Armistice, les maquisards défilent dans les rues d’Oyonnax, dans le département de l’Ain, en s’étant temporairement emparés de la ville et de ses accès en dépit de la présence proche  d’unités allemandes. Ils défilent en uniforme et déposent  une gerbe au monument aux morts portant l’inscription « les vainqueurs de demain à ceux de 14-18 ».
Le 11 novembre 1944, dans une France qui n’est pas encore totalement libérée, le général De Gaulle et Winston Churchill, premier ministre du Royaume-Uni, s’inclinent  devant la tombe du soldat inconnu. Les troupes françaises, anglaises et américaines défilent ensuite sur les Champs-Élysées devant une foule énorme. Lors de cette cérémonie le général De Gaulle dira « la France a le droit de regarder son ancienne victoire en face ».
Le 11 novembre 1968 pour le cinquantenaire de l’armistice, les cloches sonnent à toute volée dans toutes les villes et villages de France à 11 heures, comme en 1918. Le général De Gaulle, ancien combattant de la Grande guerre, après un discours prononcé dans la cour d’honneur des Invalides, préside ensuite, devant des milliers d’anciens combattants de la première guerre mondiale qui sont encore très nombreux à l’époque,  Cours de Vincennes un imposant défilé militaire de détachements des armées alliées qui ont remporté la victoire de 1918 en Europe.
Ces dernières années, à l’initiative des présidents de la république Nicolas Sarkozy puis François Hollande et avec la loi de février 2012, le 11 novembre est devenue un anniversaire de « commémoration de la Grande guerre et de tous les morts pour la France ». Les soldats décédés en opérations sont donc désormais honorés le 11 novembre.

Ainsi renouvelée cette cérémonie du 11 novembre 2018, cette cérémonie du centenaire résonne dans nos cœurs. Ce souvenir et ces cérémonies m’incitent à partager avec vous en remontant loin dans l’histoire  ce texte  de l’historien grec Thucydide il y a de 2400 ans qui reproduit l’oraison funèbre prononcée par l’homme d’État Périclès en l’honneur des soldats athéniens morts durant la première année de la guerre dite du Péloponnèse : « faisant en commun le sacrifice de leur vie, ils ont acquis chacun pour sa part une gloire immortelle et  obtenu la plus honorable sépulture. C’est moins celle où ils reposent maintenant que le souvenir immortel sans cesse renouvelé par les discours et les commémorations… »

Que la volonté de paix nous inspire !

Vive la France !

Discours de Michel Hainque – Conseiller municipal d’Aizier – 11 novembre 2018.

Article publié le mercredi 21 novembre 2018