La Fontaine-Lavoir

Situé dans le village près de la Seine, ce lavoir a une eau qui provient des sources qui descendent de la côte de Bourneville et de la pente de Sainte-Croix…

Elle alimente encore certains puits de la commune.

Grâce à l’abondance des trousseaux de mariage, la lessive, au début du siècle ne se faisait, parfois qu’une ou deux fois par an.
Naturellement, on respectait certaines dates du calendrier :

On ne se lavait jamais ni le dimanche ni les jours de fête ; ni le vendredi : Ça porte malheur!

Les 3 jours de Rogations (prières publiques et processions dans le champ) excluaient toute lessive, puisqu’il est dit : «  Celui qui fait la bue (lessive) aux Rogations sera au lit pour la moisson ».
Ou pire : «  Quand on lave aux Rogations, il sort un corps de la maison ! »
Même les plus incrédules respectent ces 3 jours : On ne sait jamais …!
La préférence allait au lundi, le linge avait le temps de sécher, d’être reprisé et repassé puis rangé avant la fin de la semaine.

La Fontaine-Lavoir d'Aizier

La Fontaine-Lavoir d’Aizier

Au lavoir

Lessivé à la maison dans un grand cuveau, le linge était descendu à la fontaine, sur les brouettes, pour le rinçage.

A genou, dans leur « carrosse à laver », armées d’un savon de Marseille et d’une brosse en chiendent, les femmes vérifiaient la propreté de chaque pièce, battant pour extraire les souillures et la lessive puis laissent le linge flotter dans l’eau courante du bassin où il restait parfois toute la nuit.
Récupérés, grâce à des perches, les tissus s’égouttaient sur les tréteaux. A la maison, ils séchaient sur des cordes tendues entre les pommiers. La lessive n’était pas une corvée.
Une grande partie de la journée au bord de la fontaine, les dames se racontaient les potins du village : les hommes n’étaient pas épargnés, ce qui faisait surnommer le lavoir : «  la halle aux caquets ».
Elles apportaient une solide collation mise au frais dans la petite cabane qui servait aussi d’abri en cas de pluie.

La Fontaine-Lavoir d'Aizier (Eure)

La Fontaine-Lavoir d’Aizier (Eure)

La qualité de l’eau

L’eau de cette source avait une telle réputation que bien des gens du plateau venait s’y approvisionner et rincer le trousseau de la future mariée, comme fit en 1945 Mademoiselle D. de Colletot, venue en cabriolet, pour suivre la tradition qui, en plus, portait bonheur.

Bien des familles emportaient des bouteilles d’eau pour leurs malades car cette source avait la réputation de soulager les douleurs.

Une eau inépuisable

Cette source ne tarit jamais. En temps de sécheresse extrême, les fermiers descendaient à cette fontaine, avec leurs « tonnes » pour chercher l’eau pour leur bétail.

Pendant la guerre 1914-1918, les soldats anglais, logés dans des baraquements route de Vatteville, appelés depuis le « clos aux anglais » venaient, chaque jour, y faire boire leurs chevaux.
Les anciens d’Aizier se souviennent encore des baignades et des jeux dans cette eau froide qui faisait hurler les filles et rire les garçons.

De nos jours

Cette fontaine-lavoir est située sur un terrain privé. Préservée et entretenue, les actuels propriétaires ont consolidé les pierres de l’édifice dans son aspect ancien.

Beaucoup d’autres sources coulent encore sous la terre d’Aizier.
L’eau de la seine étant moins polluée, quelques truites remontent parfois dans la         fontaine-lavoir mais il y manque les villageoises, le bruit des battoirs et les bavardages.

Le lavoir d'Aizier

Le lavoir d’Aizier (2016)

La fontaine d’Aizier vers 1930

Plaque stéréoscopique de Mr Leclerc

La Fontaine-Lavoir d'Aizier (1930)

La Fontaine-Lavoir d’Aizier (1930)

Sur cette photo, on voit :

  • à côté de l’église, deux maisons à colombages
  • le petit bâtiment servant d’abri aux laveuses
  • l’arrivée de la source (petit rectangle)
  • le bassin à rincer
  • un muret en briques permettant d’accéder à ce bassin et espace d’évacuation de l’eau.  On devine le deuxième bassin au bord duquel est le « carrosse à laver » garni de paille
  • au premier plan : un tréteau pour y poser le linge.