L’hôtel Peltier

De l’hôtel Peltier … au Relais des Chaumières

Ce fut d’abord, à Aizier, un grand terrain avec masure et bâtiment que possédait Pierre FOUQUELIN en 1517 et pour lequel il devait payer aux Abbés de Fécamp une redevance de 5 sols à la Saint Michel et 2 chapons à Noël – contribution qui restera à peu près la même jusqu’à la Révolution.

En 1675, une partie de cette propriété fut rattachée à la parcelle attenante, possédée par la charité et édifiée d’une maison où un clerc faisait l’école aux enfants. Confisquée comme bien national, cette maison servira de mairie.
Par la suite, un autre morceau de terrain sera vendu pour agrandir le jardin de l’instituteur. Une nouvelle école-mairie, construite en briques, sera démolie à la Libération.
La vieille masure que bordaient la « sente menant à Sainte-Croix » (route actuelle) et la « route du Vieux-Port » fut remplacée par une solide maison en pierres et briques et prit une grande importance quand le nouveau carrefour fut organisé au milieu du 19ème siècle.
Cette bâtisse, transformée en hôtel par Emile PELTIER comprenait quelques chambres et la possibilité de s’y restaurer. Sur le devant de la maison, une bordure de lis apportait une note de gaieté au printemps. Une tonnelle permettait de prendre ses repas dehors et les quelques marches qu’il fallait franchir pour entrer dans la salle à manger mettaient les clients à l’abri des regards indiscrets.

L'Hôtel PELTIER à Aizier

L’Hôtel PELTIER à Aizier

La maison fut vendue ensuite à des particuliers et la tonnelle supprimée.

Une grande statue de la vierge portant son enfant protégeait le carrefour. Elle était l’amie et la complice des buveurs qui lui faisaient une prière avant de rentrer chez eux un peu trop éméchés. Ils pensaient ainsi éviter les foudres de leurs épouses. Cette statue fut brisée par une voiture qui avait pris son virage un peu court et un pan coupé fut aménagé pour faciliter la circulation.
Cette maison qui fut inhabitée pendant plusieurs décennies se transforma petit à petit, faute d’entretien et de travaux, en masure abandonnée.

Ancien Hôtel PELTIER (2012)

Ancien Hôtel PELTIER (2012)

C’est en 2008 que la commune d’Aizier décida d’acheter cette bâtisse. Il fallut 10 ans pour mener à bien les études, les recherches de financements et la réalisation des travaux d’agrandissement et de restauration de l’ancien « Hôtel Peltier » et ainsi recréer un lieu de vie en plein centre du village.

Après plusieurs mois de travaux et une longue attente des Aiziérois, le restaurant « Le relais des Chaumières », tenu par Manuella et Raphaël BONIS, a ouvert ses portes le mercredi 16 mai 2018.

Le restaurant d'Aizier "Le relais des Chaumières" - mai 2018

Le restaurant d’Aizier “Le relais des Chaumières” – mai 2018

Salle du restaurant d'Aizier "Le relais des Chaumières" - mai 2018

Salle du restaurant d’Aizier “Le relais des Chaumières” – mai 2018

Les ennuis d’Emile

Rififi à Aizier!

Bien située au centre d’Aizier, cette maison n’était pas un café mais un hôtel où l’on ne devait servir à boire qu’aux clients qui prenaient un repas : c’était une auberge « à pou et à assiette ».

C’est de ce règlement que découlaient tous les ennuis de Monsieur Peltier, propriétaire vers 1900. Il faut dire que son concurrent d’en face y veillait et n’hésitait pas à alerter les gendarmes pour qu’ils dressent un procès-verbal.
Emile Peltier enrageait : cette obligation lui faisait perdre les trois-quarts de sa clientèle composée de petits cultivateurs, d’ouvriers agricoles, de forestiers et de pêcheurs. La boisson y était particulièrement bonne et fraîche grâce à la cave creusée sous la maison, luxe presque inconnu à Aizier.
Pour éviter toute dénonciation, Peltier mettait obligatoirement une assiette devant chaque verre comme si le repas se préparait, au cas où la maréchaussée viendrait faire un constat.
Un nommé Leloir avait trouvé le moyen d’avoir quelques repas gratuits en laissant croire qu’un gendarme guettait. Peltier, qui n’était pas dupe, préférait donner une omelette et un morceau de pain plutôt que d’avoir un procès qui lui aurait coûté beaucoup plus cher.
La petite guerre avec le cafetier ne se calmait pas. Il y eût même bagarre au milieu de la route. La mort de ce voisin, seule, parvint à les mettre d’accord, et, Peltier vendit son hôtel afin d’acheter… le café d’en face !
Ce fut Leloir qui y perdit dans toute cette histoire.
Madeleine JOTTE